Les jeunes et la CSN

 

Les jeunes: une relève syndicale dynamique et impliquée

 

À l’occasion du 5e Rassemblement des jeunes de la CSN, les jeunes militant(e)s de l’ensemble des secteurs d’activités et de toutes les régions du Québec s’entendent sur la déclaration suivante:

 

«Notre avenir, un projet syndical»

 

1. Pour un renouveau syndical

 

Les syndicats sont nécessaires et continueront de l’être pour protéger les droits des

travailleuses et des travailleurs et bâtir une société plus juste. Pour ce faire, il faut changer nos approches pour que les syndicats soient des acteurs plus percutants dans nos sociétés.  Ils doivent être en mesure de mobiliser les travailleuses et travailleurs pour constituer une vie syndicale plus dynamique. Il nous apparaît fondamental d’accroître le sentiment d’appartenance envers les syndicats. Le renouveau syndical est une priorité pour nous qui en sommes des actrices et acteurs importants.

 

2. Pour une vie syndicale dynamique

 

Nous sommes d’avis que le syndicat est un lieu d’échange pour démocratiser le milieu de

travail plutôt qu’un service utilisable en cas de problème seulement. Voilà pourquoi notre

démocratie syndicale doit favoriser les débats ouverts et des candidatures variées aux

postes électifs. Nous voulons travailler ensemble, dans le respect, et changer nos pratiques pour les rendre plus faciles d’accès et innovatrices afin que le discours syndical soit plus près des travailleurs de la base. Le jargon syndical complique parfois la participation des jeunes et il serait utile de créer des espaces informels de débat en marge des instances pour faciliter notre implication. L’utilisation avant?gardiste des nouvelles technologies est fondamentale pour rejoindre les jeunes et faire circuler l’information (assemblées sur Skype, communauté Facebook active, média CSN), mais cela ne remplacera pas l’accueil direct des nouveaux membres et la formation syndicale. Le syndicat doit être plus présent, visible et accessible dans le milieu de travail pour y fournir (et recueillir) de l’information à ses membres.

 

3. Pour une plus grande place des jeunes dans nos syndicats

 

Le renouveau de la CSN passe par l’accroissement de l’adhésion des jeunes au syndicalisme et une plus grande participation au sein des structures. En tant que jeunes syndicalistes, nous souhaitons être des ambassadeurs auprès de nos collègues et de nos proches qui ne sont pas syndiqués. Plusieurs d’entre nous retourneront dans nos syndicats avec le projet de créer un comité jeune pour favoriser leur implication directe et discuter des questions qui les touchent directement. Par contre, ces comités ne doivent pas être des ghettos pour les jeunes militantes et militants; il faut les inviter à participer activement aux autres espaces de prise de décision, dont les instances du mouvement et les exécutifs où ils pourraient occuper des postes réservés aux jeunes, comme cela se fait déjà dans certains syndicats. Nous pensons que la CSN a un rôle important à jouer pour encourager les syndicats en ce sens. Il faudra aussi mobiliser les ressources nécessaires pour soutenir la participation des jeunes aux divers événements et formations syndicales afin qu’ils aient les outils adéquats pour s’impliquer.

 

4. Vers une transformation du message syndical

 

Plus les jeunes s’investiront dans les syndicats, plus leurs préoccupations seront présentes dans les revendications syndicales, par exemple en ce qui concerne les régimes de retraite ou la conciliation famille-travail-études-vie personnelle.  Même si nos pratiques sont différentes, nous croyons qu’il faut faire avancer la solidarité intersyndicale. Nous devrons faire éclater les groupes restreints, éviter les reculs de nos conditions de travail dans les conventions collectives, continuer à revendiquer plus et mieux, ainsi que contrer

efficacement la droite. De nouvelles luttes qui marqueront l’imaginaire collectif doivent

succéder aux luttes passées.

 

5. Pour un deuxième front actuel

 

Les revendications sociales, portées par la CSN de façon non partisane, constituent notre

deuxième front et nous permettent d’accroître l’appui auprès des jeunes et de la population. Par contre, il est impératif que les militantes et militants dans les syndicats locaux aient tous les outils et la formation nécessaires pour défendre nos positions sociales et en expliquer le lien avec la défense des droits et des conditions de travail. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas! Notre vision sociale doit être actualisée en fonction des enjeux contemporains. Voilà pourquoi nous avons voulu dans ce rassemblement discuter de certaines des priorités de la CSN qui concernent particulièrement notre génération.

 

6. Pour une nouvelle vision du développement du Québec

 

Les jeunes de la CSN affirment qu’une nouvelle vision du développement du Québec est

nécessaire. À titre d’exemple, les enjeux autour du développement nordique, de

l’exploitation minière et de l’avenir des communautés autochtones nous interpellent.

 

7. Pour un resserrement des solidarités avec les peuples autochtones

 

Il est essentiel de créer des relations avec les autochtones sur la base de la confiance, du

respect et de l’ouverture d’esprit. À cette fin, les liens doivent être renforcés avec ces

peuples, de manière à mieux connaître leurs réalités, coutumes et modes de vie. Nous

appuyons les revendications autochtones, par exemple la révision de la Loi sur les Indiens

qui est stigmatisante et paternaliste. Nous croyons qu’un véritable échange avec ces

peuples ne pourra se faire sans un partage d’idées et de solutions sur les problématiques

communes ou sans l’empowerment et l’autodétermination des peuples autochtones.

 

8. Pour un développement des ressources qui répond à nos aspirations

 

Les ressources minières appartiennent à toute la société québécoise. Cependant, les

multinationales du secteur minier dictent les conditions de l’industrie à l’heure actuelle.

Elles mènent l’activité minière sans qu’il y ait toujours transparence, partage d’information et consultations véritables sur les retombées économiques, sociales et environnementales de leurs projets. Elles profitent des richesses du sous-sol québécois sans grand respect pour le bien de la collectivité et des citoyens. Nous devons assumer un plus grand contrôle de façon à ce que le développement minier réponde aux aspirations de la société civile, des communautés locales et autochtones. Pour ce faire, le Québec doit viser un développement économique qui soit structurant et porteur à long terme, ce qui implique davantage de transformations faites en sol québécois, plus de revenus tirés des redevances et une diversification économique des régions minières. Il est essentiel que les emplois créés soient occupés par une main d’œuvre locale. Nous devons par ailleurs promouvoir un débat sur les formes de propriété collective nationalisation, société d’État ou coentreprise, etc.) de nos ressources minières afin d’assurer la transparence, le contrôle démocratique et la pérennité de nos ressources naturelles. L’exploitation des ressources ne peut se faire à n’importe quel prix; le respect de l’environnement, de la faune et de la santé des populations locales est fondamental. Nous ne pouvons accepter un développement qui brime les communautés locales, qui se fasse sans leur acceptation ou qui cause une déstructuration économique et sociale des régions touchées.

 

9. Pour mettre fin à la précarité et aux disparités de traitement

 

Il faut refuser la précarité des conditions de travail comme un passage obligé. Nous devons changer les mentalités, construire une solidarité intergénérationnelle face aux employeurs et condamner les sources de discrimination qu’ils tentent d’imposer afin accroitre leurs profits, nous diviser ou encore éviter la syndicalisation des travailleuses et travailleurs. Il faut exiger le même traitement et le respect pour toutes et tous. Les employeurs devraient plutôt reconnaître que de meilleures conditions de travail offrent une plus grande stabilité, diminuant ainsi les coûts liés au roulement du personnel. Nous exigeons que l’État adopte une loi pour contribuer à éliminer la précarité et les disparités de traitement et encadrer les agences de placement.

 

10. Pour une revalorisation de nos services publics

 

Nos services publics font l’objet d’incursions de la part du secteur privé sous plusieurs

formes : partenariats public-privé dans la construction d’infrastructures, écoles privées,

sous-traitance des services municipaux, prestation privée de services de santé, garderies

privées, etc. Toutes ces formes de privatisation ont des impacts négatifs sur les travailleuses et les travailleurs du secteur, ainsi que sur les bénéficiaires : augmentation des coûts à long terme, diminution de la qualité des services offerts, de même que celle des emplois qui y sont associés, perte d’expertise et de contrôle des pouvoirs publics et réduction de l’accès à des services universels, ce qui contribue à l’accroissement des inégalités sociales. Le problème d’accessibilité est renforcé par le sous-financement et le désengagement de l’État, le manque de flexibilité dans la prestation de services (ex. : places en CPE pour personnes avec horaires atypiques). Profitant de ces détériorations des services publics, un discours les dévalorisant se fait de plus en plus sentir dans la société québécoise et divise la population. Il nous apparaît fondamental qu’un débat puisse avoir lieu, en toute connaissance de cause, sur l’avenir de nos services publics et de son accessibilité. Nous devons reconstruire un consensus social fort sur la question et identifier certaines pistes pour revaloriser les services publics et en défendre le droit.

 

11. Pour une lutte au surendettement

 

Nous constatons ces dernières années une montée fulgurante de l’endettement et du

surendettement des ménages. Il est impératif d’en dénoncer les causes : la sollicitation de

plus en plus intense du crédit par les institutions financières et la facilité d’en obtenir, le

marketing agressif qui stimule la consommation ostentatoire, mais surtout une stagnation

des salaires dans un contexte de croissance des inégalités de revenu et une précarisation

grandissante des emplois. Le surendettement nuit à la qualité de vie personnelle et au dynamisme de la vie syndicale. Il empêche les individus d’élaborer des projets à long terme et accroît la dépendance à son emploi, ce qui engendre un stress psychologique, ainsi qu’un délaissement des sphères familiales ou privées de la vie. Il pose également problème pour les syndicats dans la mesure où la fragilité financière des membres encourage un repli sur soi et nuit à leur capacité à sacrifier ponctuellement leur revenu pour défendre leurs droits en exerçant la grève. Il est donc nécessaire de s’attaquer à l’endettement en réformant les règles d’octroi du crédit et les pratiques des institutions financières, d’effectuer plus d’éducation populaire concernant l’endettement, les finances personnelles et la consommation responsable, notamment dans nos syndicats et en alliance avec les groupes populaires. La meilleure façon de contrer l’endettement demeurera toujours l’amélioration des salaires et une meilleure distribution de la richesse.

 

En conclusion, nous souhaitons que notre projet syndical évolue constamment. Nous

voulons que les autres générations participent également à cette démarche fondamentale

qui consiste à imaginer le syndicalisme de demain. Pour notre part, nous poursuivrons

l’exercice à travers notre réseau jeune.  Nous nous engageons à promouvoir cette vision dans nos syndicats et dans les instances de la CSN afin de susciter la réflexion de l’ensemble du mouvement. Dans cet esprit, nous invitons la CSN et ses organisations à adopter la Déclaration du 5e Rassemblement des jeunes de la CSN.

 

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